Guanyin, la compassion proche de chacun

On entend souvent dire en Chine :
« Dans chaque famille, Amitābha ; dans chaque maison, Guanyin. »

Cette expression montre à quel point Guanyin est présent dans la culture chinoise.
Hommes ou femmes, jeunes ou âgés, presque tout le monde connaît le bodhisattva Guanyin.

Pourquoi Guanyin est-il si largement invoqué ?

La première raison tient à l’importance du Sūtra du Lotus en Chine.
C’est un texte fondamental, récité depuis des siècles.
Parmi ses vingt-huit chapitres, l’un est consacré à Guanyin :
le Chapitre universel du bodhisattva Guanyin.

À l’origine, ce n’était qu’un chapitre parmi d’autres.
Mais il a progressivement circulé de manière indépendante,
jusqu’à devenir ce que l’on appelle aujourd’hui le Sūtra de Guanyin.

Une deuxième raison se trouve dans le Sūtra du « Grand Mantra de la Grande Compassion aux Mille Bras et Mille Yeux ».
Ce texte encourage la récitation du « Mantra de la Grande Compassion »,
ainsi que l’invocation du nom sacré de Guanyin.

Dans le Chapitre universel, le message est très simple :
lorsqu’on récite sincèrement le nom de Guanyin, il y a une réponse.
Cette pratique est directe, accessible, et c’est pourquoi elle est si appréciée.

On retrouve la même idée dans le Sūtra Śūraṅgama,
où il est question de la réalisation de Guanyin par l’écoute.
Là encore, il est dit que toute personne qui invoque Guanyin avec sincérité peut recevoir une réponse.

Guanyin est souvent représenté sous une forme féminine.
Cependant, dans le Chapitre universel, la forme féminine n’est qu’une manifestation parmi d’autres.
Guanyin possède trente-trois formes possibles.
Un bodhisattva est, en réalité, au-delà des distinctions de genre.

Dans l’histoire chinoise, jusqu’à la dynastie Tang,
les représentations de Guanyin étaient plutôt neutres,
ni masculines ni féminines.
Ce n’est qu’à partir de la dynastie Song
que les images de Guanyin prennent progressivement une apparence féminine.

On parle parfois de « la Mère Guanyin ».
Cette appellation ne décrit pas un genre,
mais une qualité : la compassion maternelle.

Lorsqu’un être humain souffre ou se trouve dans une grande difficulté,
il pense spontanément à sa mère,
il appelle sa mère.

La mère symbolise la protection immédiate,
la présence rassurante.

On peut le voir chez les animaux :
les poussins suivent la poule, rarement le coq.
Au moindre danger, dès que la mère appelle,
ils se réfugient aussitôt sous ses ailes.

Les êtres humains fonctionnent de la même manière.
Quand appeler le ciel ou la terre ne semble plus suffisant,
la première figure qui vient à l’esprit est celle de la mère.

Cependant, la mère est un être ordinaire.
Le bodhisattva, lui, possède la même qualité de compassion,
mais avec une capacité illimitée de réponse.
Où que l’on soit, à tout moment,
lorsque l’appel est sincère, il y a une résonance.

C’est pour cette raison que, face aux difficultés,
beaucoup de personnes récitent le nom de Guanyin.

Même si certaines ne savent pas exactement ce que signifie le mot « bodhisattva »,
dès qu’elles entendent le nom de Guanyin,
elles pensent à la compassion
et au secours apporté à ceux qui souffrent.

Bien sûr, il ne serait pas juste de dire que tous les Chinois récitent Guanyin.
Dans le nord de la Chine et dans les régions intérieures,
on invoque aussi d’autres bodhisattvas,
comme Mañjuśrī 文殊菩薩ou Kṣitigarbha地藏菩薩.

En revanche, dans les régions côtières,
Guanyin est particulièrement présent.

Selon le Sūtra Avataṃsaka楞嚴經,
Guanyin réside dans la mer du Sud,
sur une île appelée Potalaka.
Plus tard, en Chine, cette terre sacrée a été associée à l’île de Putuo,
dans la province du Zhejiang浙江,
devenue un important lieu de pratique à partir de la dynastie Song宋.

Comme de nombreux migrants vers Taïwan provenaient de ces régions côtières,
l’invocation de Guanyin y est également très répandue.

Pour ma part, je viens du Jiangsu江蘇省,
une région côtière du sud de la Chine.
J’ai donc grandi dans un environnement
où, dans chaque foyer,
on récitait soit le nom d’Amitābha,
soit celui de Guanyin.

Ce n’est pas un hasard.

À partir de la dynastie Song宋,
les images de Guanyin prennent majoritairement une apparence féminine.
Elles symbolisent la compassion et l’amour maternel.